Expert de l’ONU : la lutte contre l’impunité et les règlements de comptes est la meilleure feuille de route pour la protection des personnes défenseures au Mexique

Expert de l’ONU : la lutte contre l’impunité et les règlements de comptes est la meilleure feuille de route pour la protection des personnes défenseures au Mexique

Publié par Centro Prodh

 

GENÈVE / MEXICO, le 24 janvier 2017.- Aujourd’hui, le rapporteur de l’ONU sur la situation des défenseur.e.s des droits de l’homme, Michel Forst, a terminé sa visite officielle au Mexique, qui a eu lieu du 16 au 24 janvier. Cette visite visait principalement à déterminer si ceux qui défendent les droits de l’homme au Mexique se sentent en sécurité et en mesure d’exercer leurs activités.

Après avoir parcouru le pays, de Mexico aux Etats de Chihuahua, Guerrero, Oaxaca et l’État de Mexico, l’expert indépendant de l’ONU a noté « un niveau élevé d’insécurité et de violence auxquels les défenseurs sont confrontés dans le pays » dans un contexte marqué par le crime organisé, la corruption et la répression étatique.

« La situation des défenseurs des droits de l’homme est conditionnée par la criminalisation de leurs activités par l’utilisation abusive délibérée du droit pénal et la manipulation du pouvoir punitif, tant par des acteurs étatiques que non étatiques, pour empêcher voire éviter les activités légitimes des défenseur.e.s afin de promouvoir et protéger les droits de l’homme » , a déclaré M. Forst.

« Ils ont également utilisé les arrestations et les détentions arbitraires comme un outil pour faire taire les voix dissidentes et freiner les mouvements sociaux. Dans de nombreux cas, les défenseurs des droits de l’homme sont criminalisés pour dénoncer les infractions commises par les autorités et font face à des représailles indirectes par des attaques ou des poursuites pénales dirigées contre leurs familles ou leurs proches » a ajouté le rapporteur.

Après avoir rencontré plus de 800 défenseur.e.s de 24 Etats, dont 60% étaient des femmes, le Rapporteur a exprimé sa préoccupation face au fait que 98% des crimes au Mexique ne sont pas résolus.

Forst a souligné que « le taux dérisoire de succès des enquêtes et de résolution de crimes commis à l’encontre de défenseur.e.s des droits de l’homme a suscité un sentiment d’impunité généralisé. L’absence d’enquête et de sanction des agresseurs envoie un message dangereux comme quoi il n’y aurait pas de conséquence à commettre de tels crimes. Cela crée un environnement favorable à la répétition d’infractions « .

« L’impunité est devenue à la fois la cause et l’effet de l’insécurité générale des défenseur.e.s des droits de l’homme au Mexique. L’impunité nourrit la criminalisation des défenseur.e.s liés à leurs activités légitimes des droits de l’homme, qui à son tour nourrit la peur dans la société civile en général, ce qui affaiblit les aspirations générales des droits de l’homme et l’Etat de droit », a déclaré l’expert indépendant.

« La meilleure protection dont peuvent bénéficier les défenseur.e.s des droits de l´Homme est lorsque justice est faite et que les coupables sont appelés à rendre des comptes », a déclaré M. Forst.

« Le rapport préliminaire que je présente aujourd’hui contient une série de recommandations adressées aux différentes parties prenantes. Sans l’union de nos efforts, le Mexique ne sera pas en mesure de surmonter les obstacles et les risques auxquels sont actuellement confrontés les défenseur.e.s des droits de l’homme, afin de les protéger efficacement et ainsi protéger le travail fondamental qu’ils font pour construire une société démocratique ». Michel Forst a conclu en réaffirmant sa volonté de fournir une assistance à toutes les parties prenantes dans la lutte contre l’impunité et assurer la protection des défenseur.e.s au Mexique.

Michel Forst (France) a été nommé Rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des défenseur.e.s des droits de l’homme par le Conseil des Droits de l´Homme en juin 2014. M. Forst possède une vaste expérience sur les thèmes concernant des droits de l’homme, dont la situation des défenseur.e.s des droits de l’homme, les droits des enfants handicapés et des personnes âgées, ainsi que l’extrême pauvreté. Il a occupé des postes de leadership au sein de la Commission nationale consultative française des droits de l’homme, le Comité CIMADE (Comité inter-mouvements pour l’assistance aux personnes évacuées), l’UNESCO, le Sommet mondial sur les défenseur.e.s des droits de l’homme (Paris) et Amnesty International (France).

Les rapporteurs spéciaux font partie des « Procédures Spéciales », le plus grand groupe d’experts indépendants dans le système des Nations Unies pour les droits de l’homme, qui rassemble des mécanismes de recherche et de suivi mis en place par le Conseil des droits de l’homme pour faire face aux situations spécifiques à certains pays ou à des questions thématiques à l’échelle globale. Les experts des procédures spéciales travaillent en tant que volontaires; ils ne font pas partie du personnel des Nations Unies et ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation et agissent individuellement.